Des pesticides retrouvés dans la plupart des muesli non bio


L'ONG Générations Futures a fait analyser 20 boîtes de muesli achetées dans le commerce. En dehors des produits bio, tous contenaient des résidus de pesticides. Des résultats qui risquent fort d’entacher la réputation de ces mélanges de céréales et de fruits secs présentés comme une alimentation saine. 

Dans les 15 échantillons de muesli non bio testés, 141 résidus de pesticides ont été retrouvés au total.

Perturbateurs endocriniens : une omniprésence inquiétante

Un perturbateur endocrinien peut mimer, bloquer ou modifier l'action d'une hormone. Il pourrait ainsi avoir des effets néfastes sur l’organisme d’un individu ou sur ses descendants (touchant la reproduction, la croissance, le développement, le comportement, etc.). Le fœtus et le jeune enfant sont les plus menacés par ces substances. On les trouve couramment dans les aliments (résidus de pesticides), les contenants alimentaires, les produits en plastique, les cosmétiques, les meubles, les jouets, les tapis, des matériaux de construction et des produits cosmétiques…

Aujourd’hui, les indices s’accumulent sur leur dangerosité. De nombreuses études ont montré que les perturbateurs endocriniens diminuaient la fertilité humaine. Ils sont aussi soupçonnés d'affecter le système immunitaire et la fonction respiratoire chez l'enfant, et de favoriser le diabète.

Très engagée sur ce dossier, l’association Générations Futures a réalisé une série de plusieurs rapports basés sur des analyses montrant l’omniprésence de très nombreux PE dans notre environnement. Après avoir retrouvé des perturbateurs endocriniens dans les cheveux des femmes, des enfants, puis dans nos salades et nos fraises, elle s’intéresse à notre petit-déjeuner. Elle a ainsi acheté et fait analyser 15 paquets de muesli aux fruits (ou assimilés) non bio et 5 bio. Et les résultats sont sans appel !

Des cocktails de céréales… et de pesticides

L'ONG a fait analyser 15 mueslis et produits assimilés non bio et cinq bio, achetés dans des supermarchés dans les Hauts-de-France. Ils appartiennent à de grandes marques (Kellogg's, Nestlé, Jordans...) ou des marques de distributeurs (Auchan, Leclerc, Carrefour...).

Résultats :

Dans les 15 échantillons non bio testés, 141 résidus de pesticides ont été retrouvés au total dont 70 ont pu être quantifiés. Parmi ces 141 résidus, 81 sont des PE suspectés soit 57.44% du total. 9,4 résidus en moyenne ont été trouvés dans les échantillons non bios (l’échantillon ayant le plus de résidus en contenaient 14 – ceux en ayant le moins en avaient 6). On trouve en moyenne 4,6 pesticides suspectés PE dans les échantillons non bio analysés. 177 mg/kg : c’est la concentration moyenne de résidus quantifiés par échantillon non bio analysé soit 354 fois la Concentration maximale admissible (CMA) tolérée dans l’eau de boisson pour l’ensemble des pesticides ! Une molécule, le pyriméthanil, a été détectée dans tous les échantillons non bio analysés. Selon l'ONG, ce fongicide utilisé en viticulture est "classé cancérigène possible" aux Etats-Unis. Aucun résidu n'a en revanche été trouvé dans cinq échantillons de mueslis bio analysés, indique l'ONG.

Le détail pour chaque produit est disponible dans le rapport complet (page 9 à 11) accessible en ligne.

Quels sont les dangers pour le consommateur ?

Cependant, pour une consommation de 50 à 100 grammes par jour de produit, "aucune dose journalière admissible" ne semble être dépassée, précise l’ONG. La dose journalière admissible est la quantité de substance chimique que l'on peut ingérer par jour, au cours de sa vie, sans risque appréciable pour sa santé. Elle s’avoue cependant inquiète de l’effet cocktail propre à ces perturbateurs endocriniens pour certaines populations plus à risque comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. De plus, l’effet cocktail ne se limiterait pas à l’alimentation, ces substances sont largement présentes dans certains cosmétiques, meubles, jouets…

"Chaque nouveau rapport réalisé par notre association vient démontrer l’urgence à agir. Celui-ci révèle encore l’exposition de la population à de trop nombreux résidus de pesticides perturbateurs endocriniens suspectés pouvant agir à des doses très faibles" déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Par ailleurs, l’association a écrit un courrier aux fabricants de céréales pour les inciter à s’approvisionner en blé et fruits sec biologiques.

Le cadre légal européen est-il suffisant ?

La publication de ces analyses intervient alors que l'Union européenne peine à se mettre d'accord sur une définition des perturbateurs endocriniens, qui doit permettre d'encadrer leur utilisation. Avec plus de deux ans de retard, la Commission a proposé en juin une définition qui été accueillie par un tollé du côté des défenseurs de l'environnement. Ils l'accusent de bafouer le principe de précaution en exigeant un niveau de preuve de nocivité trop difficile à atteindre pour qu'une substance soit identifiée comme perturbatrice. Cette définition qualifie de perturbateur endocrinien toute substance ayant des effets indésirables sur la santé humaine et sur le système hormonal, et dont le lien entre les deux est prouvé.

"La Commission européenne a dévoilé en juin les critères permettant de définir les perturbateurs endocriniens, mais cette définition est très loin d’être à la hauteur des enjeux sanitaires en matière de protection des populations. L’omniprésence des cocktails de perturbateurs endocriniens dans notre environnement est confirmée par ce rapport. Cela doit impérativement être pris en compte par la Commission européenne qui doit revoir ses critères pour les rendre réellement protecteurs" déclare François Veillerette.

Ecrit par:

David Bême

Créé le 11 octobre 2016

Sources :

Rapport EXPPERT 7 de Générations Futures - 11 octobre 2016