Vers un assouplissement des mesures contre la vache folle ?


Dans les années 1990, la crise de la vache folle avait provoqué un véritable traumatisme à travers toute l'Europe, rendant les consommateurs méfiants vis-à-vis de la viande. Aujourd'hui, presque 20 ans plus tard, la Commission Européenne a annoncé que la maladie de la vache folle est “enfin sur le point d'être éradiquée“. Elle propose donc d'assouplir notablement les mesures de sécurité en vigueur depuis lors.

Souvenez-vous, au début des années 1990, la viande anglaise et de manière plus générale la viande bovine, n'avaient pas bonne presse, et pour cause : l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), plus connue en tant que maladie de la vache folle, faisait rage en Angleterre et dans toute l'Europe.
Depuis, diverses mesures ont été prises afin d'éradiquer cette maladie, notamment l'abattage des troupeaux contaminés et l'interdiction d'utilisation comme aliment pour les vaches des farines animales. Résultat, en 2009, seuls 67 cas positifs ont été décelés dans l'Union Européenne, contre plus de 37 320 au plus fort de l'épizootie en 1992. Ainsi, “l'Union européenne a obtenu des avancées considérables dans son combat contre l'ESB et est enfin sur le point d'éradiquer cette maladie sur son territoire. Ce résultat est à porter au crédit des mesures rigoureuses et exhaustives qu'elle a mises en place.“ En raison de cette réussite, Bruxelles a établi une feuille de route visant à modifier les normes en vigueur, tout en maintenant “les normes élevées de l'Union en matière de sécurité alimentaire et de protection de la santé humaine et animale“.

La Commission propose notamment de mettre fin à “l'abattage systématique des cohortes“ d'animaux parmi lesquels des cas d'ESB auraient pu être décelés. Néanmoins, il est prévu que “les animaux pourraient être vendus aux consommateurs pour autant qu'avant leur entrée dans la chaîne alimentaire, ils soient soumis à un test de dépistage dont le résultat est négatif“.
Autre mesure phare, la possibilité pour les éleveurs d'avoir de nouveau recours aux farines animales pour nourrir leur bétail. Depuis le 15 novembre 2000, les farines animales sont interdites dans l'alimentation des volailles, porcs et autres animaux domestiques. Cette interdiction concernait déjà tous les ruminants. Face au peu de cas d'ESB, Bruxelles propose de revoir cette interdiction en introduisant “un certain niveau de tolérance (...) pour les protéines animales transformées (PAT)“. Néanmoins, si la Commission envisage de pouvoir nourrir une espèce avec des protéines d'une espèces différente (nourrir un porc avec des protéine de boeuf par exemple), il ne sera pas possible de nourrir une espèce avec des protéines de la même espèce (nourrir un porc avec des protéines de porc).

En clair, Bruxelles veut baisser la garde et revenir à une législation plus souple. Il est tout de même étonnant que la vente de viande de troupeaux dont un des membres est contaminé soit à nouveau autorisée, alors que cette maladie est encore mal connue et qu'il est possible qu'une vache infectée ne puisse être détectée. De plus il paraît surprenant que ces farines soient ré-autorisées, alors qu'on ne connait pas vraiment leur effet à long terme sur le métabolisme d'animaux usuellement végétariens, comme les bovins... De toute façon, ces propositions doivent être acceptées par les Etats membres avant d'entrer en vigueur, ce qui promet des débats houleux dans les ministères et parlements des pays européens.

Emeline Dufour

Source : “ Après la réussite de la première feuille de route sur les EST, la Commission décrit les prochaines étapes de la lutte contre les ESB/EST dans sa feuille de route n°2“, 16 juillet 2010.

Ecrit par:

La rédaction de Doctissimo

Créé le 21 juillet 2010