Les campagnes d'information nutritionnelle sont-elles vraiment utiles ?


Depuis maintenant près de 10 ans, le Programme National Nutrition Santé multiplie les campagnes d'information destinées à mieux orienter les choix nutritionnels des Français, et donc à les inciter à adopter de meilleurs comportements alimentaires. Mais selon une récente expertise de l'INRA, il semblerait que ces campagnes n'aient que peu d'effets sur les populations défavorisées, plus touchées par le surpoids que les autres.

Les actions de santé de publique se multiplient, notamment par le biais du PNNS, mais le surpoids ne fait qu'augmenter (+70 % en 12 ans !). Partant de ce constat pour le moins mitigé, le ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la pêche a demandé à l'Institut national de recherche agronomique (INRA) de dresser un bilan des connaissances sur les comportements alimentaires des Français. Pour ce faire, l'Inra a mobilisé durant un an une vingtaine d'experts pour éplucher mille six cents articles et études scientifiques sur les comportements alimentaires.

Des campagnes peu efficaces

Il ressort de cette analyse que les campagnes nutritionnelles n'ont pas vraiment eu l'effet escompté, à savoir modifier dans un sens bénéfique le comportement alimentaire des Français. “Les campagnes d'information qui s'adressent à l'ensemble de la population atteignent surtout les catégories déjà sensibilisées aux liens existant entre alimentation et santé. Ces messages pourraient donc à court terme accroître les disparités dans les comportements“ note l'INRA dans la synthèse de son étude.
Pour accroitre l'efficacité de telles campagnes, les experts préconisent de mieux les cibler : “l'information nutritionnelle est plus efficace (à court terme) lorsqu'elle est intégrée dans une démarche spécifique et ciblée sur un individu ou un groupe homogène“.
Éduquer les parents pour mieux nourrir les enfants

Le rôle de la famille, des acteurs locaux et relais associatif est également souligné comme étant un facteur de succès. A cet égard, le programme EPODE*, qui implique concrètement les familles dans l'alimentation de l'enfant, semble être un modèle du genre. Les experts notent également l'importance pour les parents de “proposer, de manière répétée une variété d'aliments, sans contraindre l'enfant“, arguant que cela “apparait comme une méthode efficace pour élargir son registre alimentaire“. Par ailleurs, le fait de mettre à disposition des corbeilles de fruits à la place des distributeurs de snacks “s'est révélée efficace expérimentalement dans les écoles“.

Mieux cibler les campagnes pour les populations défavorisées

Autre point essentiel de cette expertise, la difficulté d'atteindre les populations les plus défavorisées. “Leurs pratiques alimentaires impliquent également plus de facteurs de risque : sédentarité, distraction liée à la télévision, mauvaise estime de soi...“ Peu sensibles aux messages et campagnes nutritionnelles, “moins bien compris“ et “jugés culpabilisants“, ces couches sociales sont hélas les plus touchées par le surpoids et l'obésité. Quand on sait que le budget alimentaire peut représenter jusqu'à 50 % de leur budget mensuel (contre 15  % en moyenne nationale), il apparait comme essentiel de proposer une offre alimentaire saine et facilement disponible pour tous. Pour les experts, il s'agit donc de mieux orienter les messages nutritionnels : cibler une diminution des snackings plutôt que la promotion des fruits et légumes et envisager des approches de santé communautaires, “intégrant les valeurs et les représentations de la communauté et s'appuyant sur des réseaux existants“.
Gageons que ces recommandations et pistes envisagées seront utiles, en particulier dans le cadre du le plan triennal de lutte contre l'obésité piloté par le Pr. Basdevant.

Emeline Dufour

* EPODE, pour “ensemble prévenons l'obésité des enfants“, est un programme qui a été lancé en janvier 2004 dans 10 villes pilotes françaises, et qui compte à ce jour 226 communes. Son objectif est d'aider les familles à modifier en profondeur et durablement leur mode de vie en développant, grâce à la mobilisation de l'ensemble des acteurs locaux à l'échelle de la ville, une offre de proximité conforme aux recommandations du PNNS.

Ainsi, au travers d'actions originales orientées autour de la notion de plaisir, les villes EPODE mobilisent leurs acteurs locaux pour encourager la consommation régulière de fruits dans toutes les familles.

Source : “Les comportements alimentaires. Quels en sont les déterminants ? Quelles actions, pour quels effets ?“, expertise collective INRA, juillet 2010 ( résumé et synthèse du rapport disponibles en ligne)

Ecrit par:

La rédaction de Doctissimo

Créé le 09 juillet 2010