Régime K-E : les dangers du régime par sonde naso-gastrique


Récemment, nombre de médias se sont fait l’écho du dernier “régime“ en vogue : le régime K-E (pour Ketogenic Enteral Nutrition). Le principe : Se nourrir durant 10 jours d’une mixture de protéines, de graisses, d’eau et de nutriments… via une sonde naso-gastrique. Cet improbable régime aurait d’ores et déjà séduit plusieurs futures mariées, séduites par la promesse d’une perte de poids rapide. Un peu de bon sens suffit pour comprendre que se nourrir via un tuyau n’a rien de très sain...

Le principe du régime K-E est de se nourrir durant 10 jours d’une mixture de protéines, de graisses, d’eau et de nutriments… via une sonde gastro-nasale.© John T Takai/shutterstock.com

Des nouveaux “régimes“, il en arrive pratiquement tous les jours, le plus souvent en provenance du pays de l’Oncle Sam, pays de tous les paradoxes. Le diktat de l’apparence et de la beauté bat son plein là où le taux d’obésité est l’un des importants au monde (d’après les derniers chiffres, un bon tiers des Américains sont obèses - 35,7% -  soit plus d’une personne sur 3). Avec le régime dit K-E, le ridicule est presque à son comble : pour être belle pour ce qui devrait être “le plus beau jour de leur vie“ et perdre jusqu'à 9kg en 10 jours seulement (d'après la promesse), plusieurs jeunes femmes seraient prêtes à se nourrir d’une mixture qui irrigue leur estomac via une sonde qui passe par leur nez… La mixture en question est très concentrée en protéines et graisses mais sans aucun hydrate de carbones (les glucides).  On y trouve également d'autres nutriments essentiels (vitamines, minéraux, etc.).

 800 kcal par jour…

Sans s’attarder sur les côtés esthétiques et pratiques (la personne est censée toujours porter  une pochette avec le liquide et avoir en permanence la sonde), l’apport calorique reste largement inférieur aux apports journaliers conseillés : 800 kcal  contre normalement près de 2000 kcal par jour pour une femme sédentaire. Par ailleurs, la mixture n’a rien d’équilibrée : elle est volontairement très riche en protéines, pour mimer l’effet des régimes hyperprotéiques.  Le Dr. Oliver Di Pietro, établi en Floride et à l’origine de ce régime, affirme que la procédure est sans danger, hormis quelques effets secondaires comme des étourdissements et une mauvaise haleine. Voici un reportage d'ABC News présentant la méthode du Dr Di Pietro (en anglais) :

Utiliser les réserves de graisse comme carburant

“Du point de vue des mécanismes induits dans l’organisme, si on mange beaucoup de protéines, cela revient à peu près au même que d’être à jeun“, explique Gilles Mithieux, directeur de l'unité de recherche mixte Inserm/Université de Lyon “Nutrition et cerveau“. En effet, en l’absence de son carburant naturel, le sucre et autres glucides, l’organisme, dans un premier temps, va puiser son énergie dans le foie où se trouvent des réserves de glycogène (un glucide qui peut être transformé en glucose). Une fois cette réserve épuisée, l’organisme va produire lui-même son glucose en allant puiser ailleurs sa source d’énergie, à savoir dans les graisses en réserve. C’est d’ailleurs l’effet avancé et recherché : perdre du pois en brûlant les graisses sans perdre du muscle… Et pour “fabriquer“ son carburant à partir des acides gras, le corps a nécessairement besoin de protéines : les acides aminés qui les composent vont composer “le squelette“ du nouveau glucose.

Les risques majeurs concernent le rein

“Trois organes peuvent compenser le manque de glucose dans l’organisme par une production endogène : le rein, le foie et les intestins“ précise Gilles Mithieux.  Dans le foie, le mécanisme par lequel du glucose est produit à partir des acides gras est appelé cétogénèse. Elle aboutit notamment à la production de corps cétoniques, des dérivés des acides gras dont certains peuvent être utilisés comme carburant par le cerveau notamment.  Mais si ce phénomène se prolonge et que la concentration de corps cétoniques augmente, cela aboutit à une situation d’acidocétose, potentiellement dangereuse pour le rein.

Un effet déjà mis en avant par l’Anses à propos des régimes hyperprotéinés, qui induisent relativement les mêmes mécanismes biologiques. “Mais généralement, d’après les néphrologues, ces effets délétères sur le rein ne s’observent pas sur des personnes en bonne santé, tempère le chercheur.  En revanche, chez des patients dont la fonction rénale est perturbée (insuffisance rénale ou encore un diabète de type II), ce type de régime peut effectivement aggraver la situation“.
Enfin, si les protéines peuvent être bénéfiques à petite dose, elles peuvent tout à fait devenir toxiques à partir d’un certain seuil. “C’est ce qu’on appelle l’hormèse qui est basée sur le principe que toute molécule a des effets bénéfiques ou négatifs selon la concentration à laquelle on l’utilise. Ainsi, pour ce qui concerne les protéines, jusqu’à un apport représentant 30 % de l’apport énergétique total, les effets restent  bénéfiques“.

Favoriser la sensation de satiété

Mais plus qu’un “simple“ régime hyperprotéiné, le régime K-E se distingue non seulement par un apport calorique très (trop) faible (800kcal) mais aussi et surtout par le mode “d’alimentation“ préconisé : via un tube ! Le chercheur avoue “n’avoir jamais vu un tel protocole. D’ailleurs, c’est effrayant parce que c’est quelque chose qui n’a même été étudié chez les animaux. Et on ne peut rien savoir des effets à long terme…“.
En plus des risques d'irritation et d'infection liés à la sonde, le fait de ne pas mâcher peut-il avoir une incidence sur l’assimilation des aliments ? “La mastication est effectivement importante pour obtenir un effet rassasiant des aliments, répond Gilles Mithieux. Mais dans le cas de ce régime “spécial“, c’est le contraire : comme la mixture n’est faite que de composés directement assimilables, il va y avoir un sentiment de rassasiement“.
Enfin, la qualité des protéines est aussi à prendre en compte car si les protéines animales s’accompagnent généralement de lipides, les protéines végétales, elles, vont de pair avec de bonnes choses : antioxydants, vitamines, acides aminés…

Bien évidemment, ce “régime“ (d’un coût total de 1500$ tout de même…) n'est pas à conseiller. Si vous vous mariez cet été et que vous voulez perdre quelques kilos (avant l’essayage final de la robe bien sûr), prenez le temps de faire un régime équilibré qui vous convienne. Et pour ce faire, n’hésitez pas à consulter un nutritionniste/diététicien qui vous accompagnera tout du long de votre régime.

Yamina Saïdj

Source : Entretien avec Gilles Mithieux - avril 2012

Ecrit par:

Yamina Saïdj

Créé le 27 avril 2012