L'intérêt du bio va au-delà de l'aspect nutritionnel selon Pierrick Bourgault, ingénieur en agriculture


Une étude réalisée par des chercheurs de l'université de Stanford, publiée dans la revue Annals of Internal Medicine, remet en cause les bienfaits des produits bio sur la santé. Pierrick Bourgault, ingénieur en agriculture, et auteur de 100 réflexes pour manger bio et pas cher (Editions Leduc.s), donne son point de vue sur ces résultats scientifiques, et dresse un état des lieux des réels effets de l'agriculture bio sur la santé.

Les fruits et légumes bio sont-ils réellement meilleurs pour la santé ?

Que pensez-vous de l'étude réalisée par l'université américaine de Stanford ?
Pierrick Bourgault : C'est une étude de plus, qui considère seulement certains aspects de la question. Bien sûr, il faudrait être naïf pour croire que les aliments bio sont des remèdes-miracle. Si vous vous nourrissez de frites bio et de sucreries bio, cela risque de ne pas être positif à long terme ! Avant de prendre la route, une bouteille de vin bio n'est pas à conseiller non plus ! De même, du point de vue du goût individuel, vous avez le droit de trouver le poulet bio pas assez tendre ou de ne pas aimer la saveur ni la couleur du pain bio. Et une tarte composée d'ingrédients bio peut être ratée par le cuisinier - de même qu'une tarte non bio.

Si les taux en vitamines et oméga-3 sont réellement les mêmes dans les produits bio et non bio, pourquoi les consommateurs devraient dépenser plus pour se nourrir ?
Pierrick Bourgault : Le taux de vitamines dépend surtout de la maturité du fruit ou du légume. S'il a été cueilli mûr, il sera plus riche en vitamines. Les produits locaux sont donc à privilégier, ils sont meilleurs pour la santé, comme pour la planète. Les fruits qui voyagent sur une longue distance ne sont pas cueillis mûrs. Selon cette logique sanitaire et écologique, les produits bio qui viennent de loin sont donc à éviter - de même que les produits non-bio importés d'ailleurs. 

Quelles sont les différences nutritionnelles entre la culture traditionnelle et la culture organique ?
Pierrick Bourgault : Une longue étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publiée en 2003 avait résumé des centaines d'études sur le sujet. Des différences apparaissaient en faveur du bio, même si les produits bio et non bio ne sont pas toujours comparables. La différence se situait aussi sur d'autres paramètres, gardés hors de l'étude.

Quels sont alors les réels effets de l'agriculture bio pour la santé ?
Pierrick Bourgault : Les effets positifs de l'agriculture bio pour la santé se situent aussi à un niveau global. D'abord, l'agriculture bio qui boycotte les engrais chimiques ne pollue pas en nitrates la nappe phréatique, donc préserve les eaux de consommation. Deuxièmement, l'agriculture bio interdit les pesticides de synthèse et évite radicalement ces résidus qui polluent une partie non négligeable des fruits et légumes non-bio, et des eaux. Les produits bio, souvent au goût plus affirmé, apportent plus de sensations, il en faut moins pour rassasier un convive. Enfin, les produits bio locaux, ce qui est souvent le cas mais pas assez car la France en importe, limitent la dépense énergétique et la pollution des transports.

Pensez-vous que ce type d'étude peut avoir un impact sur les réflexes des consommateurs ?
Pierrick Bourgault : Oui, car le consommateur veut des réponses simples, oui ou non, j'achète ou pas. Sans approfondissement, cette étude risque de dévaloriser le bio, car elle ne tient pas compte de son intérêt global, sociétal.

Le bio fait l'objet d'un débat récurrent. Peut-on finalement affirmer aujourd'hui que les produits bio sont meilleurs pour la santé que les autres ?
Pierrick Bourgault : Oui, pour la santé du consommateur comme au niveau collectif, on peut affirmer que les produits bio sont meilleurs. Et à mon goût, ils sont plus savoureux. Essayez par exemple les olives de la biocoop, vous le constaterez nettement !

Relaxnews

Source : Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives?: A Systematic Review - Dena M. Bravat et al - Ann Intern Med. 4 September 2012;157(5):348-366 (abstract accessible en ligne)

Ecrit par:

David Bême

Créé le 06 septembre 2012