Bisphénol A : le débat relancé ?


Les doses de bisphénol A (BPA), une substance chimique controversée présente dans de nombreux contenants alimentaires, trouvées dans la population seraient trop faibles pour être nocives, selon une étude américaine. Une conclusion qui ne manque pas de faire réagir les partisans d'une interdiction de ce produit dans les contenants alimentaires.

Selon une étude américaine, les doses de bisphénol A seraient trop faibles dans la population pour être nocives.

Le BPA est suspecté, selon plusieurs recherches sur des animaux, d'être un perturbateur endocrinien et d'affecter le développement cérébral du foetus et des nouveau-nés. Il pourrait aussi accroître le nombre des cancers dit hormono-dépendants, surtout du sein et de la prostate.

Le bisphénol A, finalement pas si dangereux ?

La méta-analyse, présentée à la conférence annuelle de l'American Association for the Advancement of Science (AAAS) réunie à Boston (Massachusetts, nord-est), a porté sur 30.000 personnes, dont des femmes et des enfants, dans 19 pays. Résultat : les doses de BPA dans le sang de la population s'avèrent de nombreuses fois plus faibles que celles qui provoquent une toxicité chez les animaux, selon Justin Teeguarden, un toxicologue du Laboratoire national du nord-ouest pacifique, qui dépend du ministère américain de l'Energie.

“Avec de telles concentrations, on ne peut pas dire, comme des études le font, que cela reviendrait à exposer des bébés à des doses massives de BPA équivalentes aux oestrogènes contenus dans une pilule contraceptive“, a noté le scientifique, soulignant lors d'une conférence de presse l’interprétation souvent erronée du risque pour les humains.  “Tester systématiquement le niveau de BPA pour déterminer sa bioactivité dans le sang humain semble être le moyen le plus scientifique de conclure à sa dangerosité ou de la réfuter“, conclut le scientifique, qui remet en question certaines études qui montraient des teneurs élevées en BPA.

Selon lui, certaines recherches sur la toxicité “ont été utilisées (...) comme un argument pour interdire le BPA“.

Des conclusions qui font réagir

Ces résultats ont fait réagir le député de Haute-Garonne, Gérard Bapt, qui est à l'origine des lois interdisant l'utilisation du BPA dans les biberons : “Pourquoi donner du crédit à l'étude d'un scientifique susceptible d'avoir des liens avec l'industrie ?“. De récentes études ont en effet noté des liens entre ce perturbateur endocrinien et diverses pathologies à des doses proches de celle ingérées par l'homme. Parmi les plus récentes, on peut citer les travaux reliant ce perturbateur endocrinien à une augmentation du cancer du sein chez des primates publiés en mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) ou ceux le liant à une nocivité pour les testicules publiés dans PloS One.

Enfin, la méthodologie de l'étude américaine est également critiquée, elle se focalise sur les concentrations sanguines de BPA, alors que plusieurs travaux semblent attester d'une nocivité avant la circulation dans le sang (au niveau de l'appareil digestif et du foie).

La controverse scientifique pourrait donc perdurer, mais de nombreux états ont cependant déjà réagi en interdisant l'utilisation du BPA dans les biberons et autres produits destinés aux enfants, comme le Canada, l'Union européenne et au moins onze Etats américains. Le Parlement en France a récemment adopté un texte qui interdit le BPA dans les contenants alimentaires à partir du 1er janvier 2015, et dès 2013 pour ceux destinés au bébés. A l'inverse, l'Agence américaine des médicament (FDA) a rejeté en 2012 un appel de groupes environnementaux pour interdire cette substance, arguant de l'insuffisance de preuves scientifiques.

David Bême

Sources : AFP, AAAS Meeting - 2013, FR3, Plos One, Pnas

Ecrit par:

AFP/Relaxnews

Créé le 18 février 2013