Les vrais risques des boissons énergisantes


L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a rendu aujourd’hui 1er octobre un avis sur l’évaluation des risques liés à la consommation de boissons dites “énergisantes“. L’Anses met en garde sur cette consommation chez certaines populations à risque et lorsqu’elle est associée à de l’alcool ou à de l’exercice physique.

Selon l'Anses, les boissons énergisantes peuvent présenter un risque lorsqu'elles sont associées à d'autres facteurs (sport, chaleur, alcool...).

Red Bull, Monster ou Burn… Ces boissons censées nous “donner des ailes“ sont souvent pointées du doigt pour leur effet “excitant“. En cause : leur composition. En plus de n’apporter aucun bénéfice clair dans l’alimentation quotidienne, elles sont enrichies en caféine, taurine et vitamines. Ainsi, “lorsqu’elles sont associées à certains modes de consommation (alcool, sport…)“ elles peuvent “générer des accidents cardiaques graves chez les consommateurs porteurs de prédispositions génétiques fréquentes (1 individu sur 1000) et généralement non diagnostiquées“, selon un rapport rendu public par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), le 1er octobre 2013. “Pas question donc d’incriminer la seule consommation de boissons énergisantes, précise Franck Foures, directeur adjoint santé alimentation à l’Anses. C’est une accumulation de facteurs de risques qui peut être dangereuse.“

Effets cardiovasculaires, psycho-comportementaux, neurologiques...

Pour cette étude, l’Anses s’est appuyée sur des cas concrets signalés suite à une enquête lancée en 2012. Au total, 257 cas d’accidents médicaux associés à la consommation de boissons énergisantes ont été rapportés. 212 d’entre eux étaient “suffisamment renseignés pour être analysés“. “Les cas non retenus pour l’étude l’ont été car l’imputabilité des boissons énergisantes était douteuse. Douteuse ne signifie pas pour autant exclue“, commente le professeur Irène Margaritis, chef de l’unité de l’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses. Les accidents répertoriés concernent des effets cardiovasculaires, psycho-comportementaux, et neurologiques en majorité, mais aussi des effets gastro-intestinaux, respiratoires, musculo/ostéo-articulaires, etc.

Parmi les cas les plus graves, ceux qui sont généralement relayés de manière alarmiste par les médias, huit cas d’arrêts cardiaques ont été portés à la connaissance de l’Anses. Deux d’entre eux ont été écartés faute d’informations suffisantes. Sur les six cas restants, “l’imputabilité de la consommation de boissons énergisantes a été jugée douteuse pour trois cas, possible pour deux autres cas et très vraisemblable pour le dernier cas“. Ce dernier correspond à la mort subite d’une jeune fille de 16 ans en discothèque, survenu juste après s’être arrêtée de danser. La consommation de boissons énergisantes était alors associée à de l’alcool et la jeune fille présentait une dysfonction du rythme cardiaque non diagnostiquée. “Ce sont ces cas qui présentent le plus de risques, explique le Dr Xavier Bigard, expert auprès de l’Anses. C’est l’effet des associations de facteurs de risque qui peuvent conduire à des accidents médicaux : consommation de boissons énergisantes, d’alcool, environnement très chaud, exercice physique et pathologies existantes.“

Conseils de modération, en particulier pour certaines populations à risque

Dans son avis, L’Anses recommande donc “d’éviter la consommation de boissons dites énergisantes an association avec l’alcool ou lors d’un exercice physique“, “d’être particulièrement vigilant“ pour certains consommateurs comme les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants et adolescents, les personnes sensibles aux effets de la caféine ou présentant certaines pathologies (troubles cardiovasculaires, psychiatriques ou neurologiques, insuffisance rénale, maladies hépatiques sévères). Derrière le débat sur les boissons énergisantes se cache en réalité la question de la consommation générale de caféine. Pour cela, l'Anses conseille à la population générale de “modérer la consommation de boissons caféinées“, qui se multiplient dans l’alimentation quotidienne (café, sodas, boissons énergisantes…).

Afin d'éviter la confusion pouvant mettre en danger la santé des sportifs, l'Anses rappelle que “les boissons énergisantes sont à distinguer des boissons énergétiques“, précise le directeur adjoint Franck Foures. Ces dernières, consommées dans le cadre d'un exerce physique sont des boissons de l'effort, conçues pour répondre aux besoins spécifiques des sportifs (sucres à assimilation rapide, sucres lents, vitamines des sels minéraux). Une meilleure communication autour des boissons énergisantes cette fois-ci permettrait d'éviter qu'elles ne soient consommées dans de mauvaises conditions, potentiellement dangereuses.

Aucune donnée sur la taurine

Quid de la taurine ? Autre composant des boissons énergisantes souvent cité comme pouvant avoir des effets dangereux pour la santé ? “Nous ne disposons pas d’études suffisantes pour analyser son effet, ni l’effet cocktail, c’est-à-dire le mélange des substances comme l’effet conjugué de la taurine et de la caféine par exemple.“, explique Franck Foures. D’autres études seront donc nécessaires pour comprendre tous les effets des boissons enrichies en caféine et en taurine sur la santé. D’autant plus que leur consommation explose en France. Selon les chiffres de l’Anses, leurs ventes ont progressé de 30 % entre 2009 et 2011. 32 % des consommateurs déclarent en consommer au moins une fois par semaine, 2 à 3 % en boivent tous les jours.

Violaine Badie

Source : Anses : “Evaluation des risques sanitaires des boissons dites énergisantes“, rapport rendu public le 1er octobre 2013 (avis consultable en ligne)

Ecrit par:

Violaine Badie

Créé le 01 octobre 2013