Santé cardiovasculaire : les produits laitiers auraient un effet protecteur


Depuis quelques années, les critiques pleuvent sur les produits laitiers, accusés de nombreux maux. Mais deux récentes études leur attribuent un effet protecteur sur le cœur : les amateurs de lait et de yaourts auraient moins de risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire que les petits consommateurs.

Les produits laitiers auraient un effet protecteur sur les maladies cardiovasculaires.

Manger des yaourts pour protéger son cœur ?

En France, sur les deux dernières décennies (entre 1980 et 2009), il a été observé une baisse de 49 % de la mortalité cardiovasculaire1. Cette baisse est vraisemblablement à mettre au crédit de l’amélioration des traitements, d’une meilleure prévention  et d’une réelle prise de conscience des citoyens de la nécessité d’adopter une hygiène de vie plus saine (mieux manger, faire de l’exercice physique, arrêter de fumer, etc.). Mais les maladies cardiovasculaires sont encore à l’origine de 27,5 % des décès, constituant ainsi la 2ème cause de mortalité². Agir sur les facteurs de risque et les facteurs protecteurs des maladies cardiovasculaires (tabac, alcool, génétique, sédentarité, etc.) reste donc une priorité de santé publique.

C'est pour mieux connaître ces facteurs, que les études MONICA3 et MONA LISA-NUT4 ont été conduites. La première, épidémiologique, et la seconde, transversale, vont dans toutes les deux dans le même sens : les produits laitiers seraient bel et bien des facteurs protecteurs de la mortalité cardiovasculaire.

Un effet à mettre au compte du “bon cholestérol“…

Pour l’étude MONA LISA-NUT, 3078 personnes âgées de 35 à 64 ans devaient remplir des questionnaires concernant leur alimentation : les chercheurs ont ensuite évalué leur risque cardiovasculaire sur 10 ans (calculé en fonction de 2 indices validés, SCORE et  Framingham5 ). Résultat : les consommateurs de produits laitiers (lait, fromage blanc, yaourt, etc.) auraient 30 % de moins de risque de mortalité cardiovasculaire ! A noter qu’aucun effet protecteur n’a été observé pour le fromage. Pour le Pr Jean Ferrières, secrétaire général de la Société Française de Cardiologie, “cette réduction de la mortalité pourrait s’expliquer par la baisse du taux du LDL-cholestérol – le mauvais - dans le sang. En détail, la baisse observée est relativement significative puisqu’elle correspond environ à 25 % de la baisse obtenue avec la consommation de statines. Par ailleurs, on a observé une augmentation du HDL-cholestérol – le bon – chez les très gros consommateurs de fromage (plus de 60 g par jour).  Au final, ça n’est pas tant la quantité que la qualité des acides gras consommés qui importe le plus“6.    

… ou d’un meilleur équilibre alimentaire des consommateurs de produits laitiers ?

Pour l’étude MONICA, 976 hommes âgées de 45 à 65 ans ont été suivis durant 15 ans. Cette étude montre une réduction de 59 % de la mortalité chez les sujets  consommant beaucoup de produits laitiers… mais aussi beaucoup de pain et de fruits et légumes. Pour le professeur de cardiologie, “on peut effectivement nuancer l’effet protecteur des produits laitiers à proprement parler par le fait que généralement, les personnes qui consomment beaucoup de produits laitiers, ont par ailleurs, une très bonne hygiène de vie et notamment un bon équilibre alimentaire“.  Et de préciser que “cette étude met en évidence une association et non un lien de causalité entre les produits laitiers et une meilleure espérance de vie“.

A noter que les résultats obtenus dans ces deux études tiennent compte des autres facteurs de risque (alcool, tabac, sédentarité, etc.) et ne concernent que des personnes en bonne santé (sans diabète, sans antécédents cardiovasculaires, etc.).
En pratique, les participants ayant les risques de mortalité cardiovasculaire les moins élevés consomment régulièrement :

-          1 à 2 verres de lait de 150 ml chacun

-          120g de yaourt ou fromage blanc

-          1 à 2 portions de 30g de fromage

-          5 à 6 portions de 100g de fruits et légumes

-          150g de pain.

Soit, exactement les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS) !  Comme bien souvent, la solution se trouve dans l’équilibre et cela est d’autant plus vrai en matière de nutrition.

Yamina Saïdj

Sources :

1-      Trends in age-specific coronary heart disease mortality in the European Union over three decades: 1980–2009, M. Nichols and al,  European heart journal, 2013

2-      BEH n°22 2011

3-      MONICA – pour MONItoring of trends and determinants of CArdiovascular diseases – résultats en cours de publication dans la revue European Heart Journal

4-      MONA LISA-NUT, pour Monitoring National du rISque Artériel -
Etude publiée : Low-fat and high-fat dairy products are differently related to blood lipids and cardiovascular risk score, S. Huo Yung Ka and al, European Journal of preventive cardiology, août 2013.

5-      Le modèle européen SCORE (Systematic Coronary Risk Evaluation) indique le risque de mortalité cardiovasculaire à 10 ans chez les individus âgés de 40 à 65 ans en prenant en compte le cholestérol total, le tabagisme et la pression artérielle systolique. Le modèle Framingham, nommé d’après l’étude du même nom, est également un modèle d’estimation du risque de coronaropathie après 10 ans, chez un patient ne souffrant pas de diabète et ne présentant pas de signes cliniques manifestes de maladie cardiovasculaire.

6-      Facteurs de risque cardio-vasculaire, mortalité et alimentation, conférence de presse organisée par le CERIN, 16 janvier 2014.

Ecrit par:

Yamina Saïdj

Créé le 16 janvier 2014