Bactéries résistantes aux antibiotiques dans les volailles : l'alerte de l'UFC-Que Choisir


Alors que le salon de l’agriculture vient de fermer, l’UFC-Que Choisir publie une étude sur la présence de bactéries résistantes à un ou plusieurs antibiotiques dans les volailles vendues dans le commerce. Face à ce phénomène inquiétant, l'association de consommateurs presse la France à renforcer la réglementation sur ce sujet de santé publique.

L'analyse d'une centaine d'échantillons de poulets et dindes vendus en France révèle la présence inquiétante de bactéries résistantes aux antibiotiques.

Antibio-résistance : les volailles vendues en France largement concernées

La résistance de certaines bactéries aux antibiotiques devient un enjeu de santé publique majeur. A l’origine de ce phénomène, leur surconsommation en médecine humaine et leur utilisation intensive dans les élevages sont régulièrement pointés du doigt. En mai 2013, une étude menée par des chercheurs de l’Institut Pasteur alertait même sur l’émergence d’une salmonelle hautement résistante aux antibiotiques : la “Salmonella Kentucky“. Récemment, plusieurs associations de consommateurs européennes et américaines ont épinglé la résistance aux antibiotiques de bactéries présentes dans des morceaux de viande.

Pour mieux évaluer le problème en France, l’UFC-Que Choisir a analysé 100 échantillons de poulet et de dinde vendus dans les grandes surfaces, les marchés, et les boucheries françaises.

Résultat : la France ne fait pas exception puisque sur les 100 échantillons examinés, plus d’1 morceau sur 4 (26 %) contenait, de manière significative, des bactéries Escherichia coli qui, dans leur grande majorité, sont résistantes aux antibiotiques. Dans le détail :

61% des échantillons contaminés, porteurs de bactéries résistantes

Parmi les échantillons contaminés, 61% étaient porteurs de bactéries résistantes à une ou plusieurs familles d’antibiotiques. Près d’un quart (23 %) l’était même à des antibiotiques critiques, c’est-à-dire les plus cruciaux utilisés en médecine humaine en dernier recours pour des pathologies graves : les céphalosporines de 3ème et 4ème générations et les fluoroquinolones.

- Volailles standards et premiers prix : rabais sur l’antibiorésistance

Les volailles standards et premiers prix semblent plus impactées par l’antibiorésitance que les volailles biologiques. Si pour le Label rouge, la résistance est moindre, en revanche lorsqu’elle est présente, cela concerne les antibiotiques critiques, les plus forts.

L’UFC-Que Choisir dénonce des mesures réglementaires insuffisantes

Face à ces résultats inquiétants, l’association de consommateurs dénonce des réponses législatives et réglementaires largement insuffisantes. Le plan Ecoantibio 2012-2017, mis en place par le ministère en charge de l’agriculture, prévoit une réduction de 25 % en 5 ans de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire avec un effort de réduction pour les antibiotiques d’importance critique.

Mais UFC-Que Choisir dénonce l’absence de contraintes, “le flou entretenu sur la manière de mesurer l’objectif de réduction laisse la possibilité de le calculer sur le volume d’antibiotique et non l’exposition des animaux“ et le “conflit d’intérêt des vétérinaires qui, tout à la fois, prescrivent des antibiotiques et, pour bon nombre, les vendent“.

L’association s’inquiète également des négociations autour d’un accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis, qui pourrait aboutir à un allègement réglementaire dans le domaine alimentaire, notamment s’agissant de l’antibiorésistance, phénomène plus marqué aux États-Unis.

La coordination rurale, syndicat agricole a réagi à cette étude en regrettant que “UFC-Que Choisir ne soit pas plus précise dans la publication de ses résultats sur la proportion des échantillons “label rouge“ ou “agriculture biologique“ et surtout sur les pays d'origine de ces morceaux de volaille contenant des E. coli résistants aux antibiotiques classiques (...) Il y a fort à parier que les poulets standards et premiers prix prélevés dans cette étude proviennent d'ailleurs !“.

Recommandations au gouvernement et à la commission européenne

Alors que la loi sur la modernisation de l’agriculture est en discussion au Parlement, l’UFC-Que Choisir demande au législateur français :

- D’imposer le découplage entre la prescription des antibiotiques restant à la charge des vétérinaires et la vente de ces molécules qui doit être réservée aux seuls pharmaciens (une proposition initialement évoquée dans le plan Ecoantibio puis finalement retirée suite à la grève des vétérinaires)

- De sacraliser, dans la Loi, l’engagement de réduction de 25% d’utilisation des antibiotiques, mesuré en termes d’exposition des bêtes et non de tonnage, et d'assortir cet objectif de sanctions dissuasives

L’association invite également la Commission Européenne à :

- De proposer sans délai un texte européen ambitieux pour traiter de ce problème majeur de santé publique 

- De lutter, dans le cadre des négociations du traité de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (T.T.I.P.), contre un allègement des normes européennes en matière de sécurité sanitaire (hormones de croissance, décontamination des carcasses, antibiorésistance, etc.)

Une autre voie pourrait être de réfléchir à d'autres systèmes d'élevage des volailles, et plus généralement du bétail. Les élevages intensifs favorisent la multiplication des contaminations bactériennes (par l'exigüité des cages, la coprophagie, etc.) et l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques. L'utilisation massive de ces médicaments dans les élevages étant largement répandue pour éviter toute épidémie. Ce phénomène dénoncé par l'Organisation mondiale de la santé dès 2002 n’a malheureusement pas permis d’enrayer ce phénomène…

David Bême

Source : Les résultats complets de ces tests sont dans le Que Choisir n°523 de mars ou sur www.quechoisir.org

Photo : DURAND FLORENCE/SIPA

Ecrit par:

David Bême

Créé le 11 mars 2014